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Paroles d’experts • Santé • Famille

Expatriation, alimentation et nouveaux équilibres de vie

Changer de pays bouleverse les habitudes. Sophie Maisonnier explique son approche de l’alimentation, du rythme de vie et de l’adaptation familiale.

Sophie, pouvez-vous nous présenter votre parcours et nous expliquer ce qui vous a conduite à développer un accompagnement en naturopathie spécifiquement adapté aux familles et aux expatriés?

Mon parcours tant personnel que professionnel est étroitement lié à l’expatriation et à un grand intérêt pour les familles, les enfants et l'éducation, et ce choix s'est imposé graduellement. J’ai vécu ma première expatriation à 13 ans, au Portugal, puis j’ai continué à voyager et à m’installer à l’étranger à différentes étapes de ma vie: comme étudiante, consultante pour l’ONU, puis en tant que professionnelle indépendante, conjointe accompagnante, et maman. Ces expériences m’ont permis de comprendre ce qui se joue à différents âge et étapes de la vie d'expatrié, et puis de rencontrer des personnes aux profils très variés, mais toutes confrontées à un même défi: l’impact physique et psychologique d’un changement de pays, aussi heureux soient-elles de vivre ces expériences.

Ayant moi-même ressenti les effets de ces transitions sur ma santé, j’ai décidé de mettre mon expertise en naturopathie, nutrition et hygiène de vie sur moi-m-eme et ma famille. Puis j’ai commencé à accompagner mon entourage, à l'Espace Regäia à Tunis, puis, en voyant l’aide que je pouvais apporter, j’ai élargi mon activité à des expatriés du monde entier, que j'adore accompagner maintenant depuis Bruxelles. D'ici peu je serai enregistrée comme diététicienne-nutritionniste diplômée d'Etat et je me spécialise dans l’accompagnement des familles, avec plusieurs formations spécifiques pour répondre aux besoins des enfants et des parents en expatriation. C’est un vrai plaisir pour moi de les accompagner à toutes les étapes: avant le départ, à l’arrivée, et même au retour en France.

Changer de pays signifie souvent changer brutalement d’alimentation, de rythme de vie, de climat et d’environnement. Quels déséquilibres observez-vous le plus fréquemment chez les personnes qui vivent une expatriation?

Même pour une expatriation dans un pays proche, notre environnement change profondément: l’alimentation, les rythmes, le climat, l’eau, et même l’air. Notre microbiote intestinal est forcément perturbé, ce qui peut entraîner des troubles digestifs comme des maux de ventre, des diarrhées ou de la constipation. La fatigue, les migraines et les troubles du sommeil sont aussi fréquents.

Ces symptômes peuvent être liés à l’adaptation physique, mais aussi au stress et à la fatigue accumulée pendant le déménagement. C’est pour aider à soulager ces maux que j’ai choisi de mettre mes outils de naturopathe à disposition des expatriés.

Lorsqu’on arrive dans un nouveau pays, on ne retrouve pas toujours les mêmes aliments ni les mêmes habitudes culinaires. Comment apprendre à utiliser les produits locaux tout en conservant une alimentation équilibrée pour soi et sa famille?

Je conseille de s’y préparer avant le départ: se renseigner sur les produits disponibles, les boutiques spécialisées, ou les groupes d’expatriés sur les réseaux sociaux. Cela permet d’anticiper les défis et d’emporter, si nécessaire, quelques produits de base pour les premiers temps.

L’alimentation est souvent reléguée au second plan dans la préparation d’une expatriation, alors qu’elle peut rendre l’adaptation bien plus facile. Chaque famille a ses propres priorités alimentaires, et il s’agit de trouver un nouvel équilibre. C'est vrai que même un légume connu n'aura probablement pas exactement le même goût que celui auquel on est habitué, ce qui peut être déconcertant pour les petits. Il faut dont prendre son temps pour s'acclimater aux changements et accepter le rythme de chacun.

Pour faciliter cette transition, je propose des conseils pratiques:

chercher des adresses de restaurants pour les premiers jours, s'ils le veulent avec les enfants, et pourquoi pas un restaurant ou un repas à la maison avec la cuisine du nouveau pays, avant de partir? faire des jeux pour aider les enfants et les adultes à intégrer de nouveaux produits (j'en connais plein qui fonctionnent!) trouver/demander/ se faire conseiller des recettes familières dans lesquelles intégrer progressivement des ingrédients locaux, s'inscrire à des cours de cuisine pour ceux qui le souhaitent. L’important est de prendre son temps, de trouver des fournisseurs de confiance et d’aborder cette découverte avec curiosité. N'hésitez pas à poser des questions aux commerçants et producteurs, à nouer une relation de confiance avec eux.

Stress du départ, démarches administratives, nouveau travail, adaptation des enfants, éloignement familial… Quel impact le stress de l’expatriation peut-il avoir sur l’alimentation, le sommeil et plus généralement l’hygiène de vie?

Le stress fait partie de l’expatriation, et il n’est pas que négatif: il est d'abord là pour nous mettre en mouvement. Cependant, un excès de stress peut se manifester par de la fatigue, des troubles digestifs, des migraines, des nausées, un brouillard mental, un sommeil perturbé, ou encore une irritabilité accrue.

Pour y faire face, plusieurs leviers sont possibles:

les plantes et la micronutrition (vitamines, minéraux), des techniques de gestion du stress, un bilan médical un mois après l’arrivée pour vérifier d’éventuelles carences (magnésium, ferritine, vitamine D…). mais aussi, surtout, pour vraiment régler le problème, se pencher sur son origine et essayer d'apporter des modifications/d'ajuster ce qui génère le stress, si c'est possible La prévention est essentielle, tout comme en parler, surtout avec les enfants.

Vous associez nutrition, pleine conscience et approche globale de l’hygiène de vie. Pourquoi est-il important de ne pas regarder uniquement le contenu de l’assiette lorsqu’une personne souhaite retrouver un meilleur équilibre?

Parce que ce qui change en arrivant dans un nouveau lieu de vie, c’est autant ce qui est dans l’assiette que ce qui est autour, c'est tout notre environnement qui change et se concentrer uniquement sur l’alimentation, c’est ne traiter qu’une partie de la situation, donc c'est probable que ça n'aide que partiellement.

Les recherches sur le microbiote intestinal montrent son impact sur notre corps et nos émotions. Par exemple, on sait désormais que manger et se coucher à des horaires réguliers est crucial pour son équilibre. Or, dans un nouveau pays, les horaires des repas, le rythme de vie et les habitudes alimentaires peuvent être très différents et notre flore intestinale sera bouleversée au début, avec un impact potentiel sur notre état général, donc c'est important de regarder le mode de vie dans sa totalité pour bien soutenir une personne et une famille.

Il s’agit aussi de trouver un équilibre entre découverte et préservation des habitudes saines et d'un équilibre, sans tomber dans la restriction, ni l’adoption forcée de nouvelles pratiques qui au fond ne nous conviennent pas, pour s'intégrer. L’alimentation consciente aide à écouter nos besoins et notre expérience, ça fonctionne bien pour s'adapter en douceur. Par exemple: comment faire quand tous les collègues, ou quand tous les enfants mangent un paquet de chips et boivent un soda lors de la pause du matin, et que cela ne correspond pas à nos choix alimentaires à nous.

Les enfants vivent eux aussi de nombreux changements lors d’une expatriation. Quels conseils donneriez-vous aux parents pour préserver de bonnes habitudes alimentaires tout en permettant aux enfants de découvrir avec plaisir la cuisine de leur nouveau pays?

Chaque enfant a son propre rythme pour intégrer des nouveautés, même sans expatriation certains sont plus explorateurs que d'autres. Je conseillerais de ne pas partir avec l'idée que les nouvelles habitues alimentaires seront moins bonnes que les notres, car dans le monde entier les parents cherchent à proposer une alimentation équilibrée à leurs enfants, il y a toujours moyen de maintenir un équilibre alimentaire et de bonnes habitudes. L'humain est fait pour s'adapter, et j'encourage les parents à voir cette expérience comme un enrichissement de la bibliothèque alimentaire de toute la famille: on gagne de nouveaux goûts, on découvre, on adopte un nouveau plat préféré, et on ne perd pas nos goûts familiers, on les retrouve en vacances, ou plus tard dans la vie. Voici quelques pistes:

Dédramatiser: rappeler aux enfants qu’ils trouveront toujours des plats familiers qu'ils aimeront (il y a des chances pour que vous trouviez du riz, des pommes de terre ou des pâtes dans de nombreux endroits…) et rappeler qu'il faut parfois goûter 20 fois un nouvel aliment ou plat pour l'apprécier, donc on prend son temps, on n'est pas obligé de tout aimer, mais on peut essayer plusieurs fois au fur et à mesure qu'on est plus à l'aise dans le pays. Impliquer les enfants: avant le départ, leur proposer de choisir un restaurant ou un plat local à tester. Rendre la découverte ludique: jeux à table pour intégrer de nouveaux aliments dans des plats connus, exploration sensorielle (odeurs, textures, faire un bisou) de fruits ou légumes locaux. L’objectif est d’éveiller leur curiosité et de leur faire vivre cette aventure comme une exploration culinaire passionnante.

Vous proposez vos consultations en vidéo, ce qui permet d’accompagner des Français partout dans le monde. Comment adaptez-vous vos recommandations à la réalité du pays dans lequel vit l’expatrié, aux produits disponibles localement et à son mode de vie?

C’est l’un des aspects que je préfère dans mon métier: explorer pour vous, dénicher, mettre en lien. Mes expériences personnelles et professionnelles m’ont permis de me construire un réseau sur lequel je peux m’appuyer à tous les coups pour trouver, partout, les bonnes adresses, les points de vigilance, et même faire des mises en relation entre familles compatibles sur place.

J’aime explorer les ressources disponibles dans chaque ville, m’informer sur les spécificités locales, et voir le soulagement de mes clientes quand elles partent avec des adresses fiables.

Enfin, quels seraient vos trois conseils simples à un expatrié qui se sent fatigué, stressé et désorganisé depuis son installation et qui souhaite commencer à retrouver progressivement un meilleur équilibre de vie?

Allez voir un médecin recommandé sur place ou en téléconsultation dans votre pays d’origine, et demandez une analyse complète pour détecter des carences. Certaines carences peuvent mettre des mois à être comblées, mais ce premier pas est souvent libérateur.

Attaquez-vous aux causes de ces symptômes: prenez le temps de vous demander ce qui vous stresse, ce qui vous fatigue, et pourquoi vous avez du mal à vous organiser. Donnez-vous les moyens d’agir sur ces causes et de mettre en place de nouvelles habitudes qui vous aideront à vous sentir mieux. N'attendez-pas pour demander de l'aide, à un(e) psychologue, coach, naturopathe, amies.

Trouvez un équilibre entre vous autoriser à vous reposer si vous vous sentez épuisé, et vous "forcer" à aller à la rencontre de nouvelles personnes. Laissez-vous emporter par votre curiosité, par tout ce qu’il y a à découvrir, à votre rythme mais en y allant. Parfois, sortir et bouger redonne de l'énergie.