Adeline, pouvez-vous nous présenter Même Pas Cap! et nous expliquer pourquoi vous avez choisi de réinventer le bilan de compétences avec un accompagnement entièrement à distance?
Même Pas Cap! est une histoire de famille. À l’origine du projet, il y a Aliette, qui réalise des bilans de compétences dans son cabinet depuis plus de 25 ans. Son expérience lui a permis d’identifier ce qui fonctionne dans un accompagnement, au-delà des outils ou des méthodes.
En parallèle, son fils Yves a lui-même vécu une période de remise en question professionnelle. Alors qu’il travaillait dans le e-commerce, il a découvert le bilan de compétences et a eu l’idée de rendre cet accompagnement accessible à distance. Ensemble, ils ont donc créé Même Pas Cap! en 2018.
L’idée n’était pas de réinventer complètement le bilan, mais de prendre une méthode qui avait fait ses preuves en présentiel, de la “dépoussiérer” et de l’adapter aux possibilités offertes par le numérique.
Aujourd’hui, nous avons accompagné plus de 16 000 personnes, avec des profils extrêmement variés: salariés, cadres, indépendants, entrepreneurs, artisans, agents du secteur public, personnes diplômées ou non, jeunes actifs comme seniors. Nous accompagnons également des personnes qui vivent à l’étranger.
Notre philosophie: travailler sérieusement sans se prendre au sérieux. Nous attachons beaucoup d’importance à la qualité de la relation, à la bienveillance et au non-jugement. C’est d’ailleurs le bénéficiaire qui choisit son coach, notamment grâce à des vidéos de présentation, afin de pouvoir se projeter avec une personne avec laquelle il se sent à l’aise.
Le distanciel permet surtout de rendre le bilan accessible à davantage de personnes: celles qui ont peu de temps, qui vivent loin des structures proposant des bilans en présentiel ou qui résident à l’étranger. Avec des rendez-vous possibles de 9 h à 21 h et le week-end, nous pouvons également nous adapter à des contraintes professionnelles, familiales ou de décalage horaire.
L’expatriation est souvent un moment où l’on remet en question sa carrière. Pourquoi un changement de pays peut-il devenir le déclencheur d’une réflexion beaucoup plus profonde sur son avenir professionnel?
Changer de pays, c’est souvent changer de repères. La découverte d’une autre culture, d’une autre façon de vivre, d’autres mentalités peut modifier notre regard sur le monde, mais aussi sur nous-mêmes.
Cela peut faire évoluer nos priorités, nos envies et notre manière de définir ce qui est important pour nous. C’est finalement assez proche de ce qui peut se produire lors d’autres grands changements de vie, comme une naissance, une maladie ou la perte d’un proche.
L’expatriation peut donc amener certaines personnes à se demander: « Est-ce que le métier que j’exerçais avant correspond toujours à la personne que je suis aujourd’hui? »
Elle peut également renforcer certains besoins, notamment celui de conserver une mobilité ou une flexibilité géographique.
Mais nous restons très prudents sur les généralisations. Il n’existe pas un profil type de l’expatrié. Chaque personne a son histoire, sa personnalité, ses valeurs et ses besoins.
C’est justement pour cela que le bilan commence par une phase d’introspection. Avant de chercher un métier, nous cherchons à comprendre ce dont la personne a besoin pour se sentir bien dans son travail, ce qui la motive, quelles sont ses valeurs et quelles conditions lui permettent de s’épanouir professionnellement.
Conjoint suiveur, interruption de carrière, difficulté à retrouver son métier à l’étranger, envie de travailler à distance… quelles sont les problématiques professionnelles que vous pourriez aider un expatrié à résoudre grâce au bilan de compétences?
Les situations sont très différentes d’une personne à l’autre. Nous pouvons accompagner aussi bien un ingénieur qui souhaite poursuivre sa carrière à l’étranger qu’un enseignant, un conjoint d’expatrié qui cherche une activité compatible avec la mobilité de sa famille ou une personne qui souhaite complètement changer de voie.
Le point commun est souvent le questionnement: « Est-ce que mon projet professionnel me correspond toujours? Et si ce n’est plus le cas, vers quoi pourrais-je aller? »
Le bilan permet alors de faire le point sur les compétences, les expériences, la personnalité, les motivations et les besoins de la personne.
Nous pouvons explorer différentes possibilités: retrouver le même métier dans un autre environnement, changer de métier au sein de son entreprise, envisager une reconversion, créer son activité ou encore identifier des leviers pour faire évoluer sa situation professionnelle actuelle.
Le bilan peut également permettre de construire plusieurs horizons. Une personne peut repartir avec un projet à court terme et un autre à moyen ou long terme, ou avec un projet principal et d’autres pistes qu’elle pourra développer progressivement.
L’objectif n’est donc pas de faire entrer la personne dans une case, mais de lui permettre de voir plus clair et de choisir la suite qui lui correspond réellement.
Comment se déroule concrètement un bilan de compétences Même Pas Cap! et comment parvenez-vous à conserver une véritable relation humaine alors que l’accompagnement est réalisé à distance?
Le bilan se déroule en plusieurs étapes.
Nous commençons par une phase d’introspection. La personne travaille sur sa personnalité, ses valeurs, ses motivations et ses besoins. Des tests sont proposés puis débriefés avec le coach.
Nous travaillons ensuite sur les compétences. Avec le Book professionnel et le Passeport Compétences, nous identifions ce que la personne a réellement acquis au cours de son parcours et la manière dont elle peut valoriser ou transposer ces compétences.
Viennent ensuite les pistes professionnelles. Pour chacune, nous allons chercher des informations très concrètes: missions, conditions de travail, débouchés, rémunération, éventuels besoins de formation. Nous encourageons les enquêtes métier et les échanges directs avec des professionnels afin que la personne puisse confronter son idée à la réalité.
Une fois ces éléments réunis, nous identifions le projet qui répond le mieux aux besoins, aux envies et aux contraintes de la personne. Nous construisons ensuite un plan d’action et un rendez-vous de suivi est prévu trois mois après la fin du bilan.
Quant à la relation humaine, elle ne dépend pas uniquement du fait d’être physiquement dans la même pièce. Elle dépend surtout de la qualité de l’écoute, des échanges et de la relation de confiance.
Chez Même Pas Cap!, nous accordons énormément d’importance à cela. Le bénéficiaire choisit son coach et peut regarder des vidéos de présentation avant de faire son choix. Les coachs sont sélectionnés pour leurs compétences, mais aussi parce qu’ils partagent nos valeurs de bienveillance et de non-jugement.
Les retours de nos bénéficiaires mettent d’ailleurs très souvent en avant l’écoute, l’adaptabilité, la bienveillance et la qualité des échanges.
Un expatrié possède souvent des compétences qu’il ne valorise pas suffisamment: adaptation, autonomie, langues, interculturalité, capacité à rebondir… Comment l’aidez-vous à identifier et à transformer ces expériences en véritables atouts professionnels?
Nous ne nous limitons pas aux compétences acquises dans le cadre strictement professionnel.
Dans le Book professionnel, nous pouvons prendre en compte l’ensemble du parcours: les expériences professionnelles en France et à l’étranger, mais aussi certaines expériences personnelles, familiales, associatives ou liées à la mobilité.
Une expatriation peut effectivement avoir permis de développer des compétences que la personne ne pense pas forcément à valoriser: s’adapter à un nouvel environnement, créer un réseau dans un pays que l’on ne connaît pas, communiquer dans une autre langue, gérer l’incertitude, être autonome ou encore comprendre des modes de fonctionnement culturels différents.
Notre rôle est de faire émerger ces compétences, de les nommer et surtout de réfléchir à la manière dont elles peuvent être mobilisées dans un nouveau projet professionnel.
C’est souvent un travail de prise de conscience. Certaines compétences nous paraissent tellement naturelles que nous ne les considérons même plus comme des compétences.
Certains expatriés profitent de leur mobilité pour envisager une reconversion complète, devenir indépendants ou créer leur activité. Comment distingue-t-on une simple envie de changement d’un projet professionnel réellement viable?
La première étape consiste justement à ne pas se précipiter.
Avoir envie de changer est une information importante, mais ce n’est pas encore un projet professionnel. Nous allons donc aider la personne à comprendre ce qui se trouve derrière cette envie et à explorer différentes pistes.
Ensuite, nous confrontons ces pistes à la réalité. Quelles sont les missions? Quel est l’environnement de travail? Quels sont les débouchés? Quelle rémunération peut-on envisager? Faut-il se former? Le projet est-il compatible avec le lieu où la personne souhaite vivre?
Nous demandons également au bénéficiaire de réaliser des enquêtes métier et d’échanger avec des professionnels. Ces échanges permettent souvent de découvrir une réalité du métier très différente de l’image que l’on pouvait en avoir.
C’est cette confrontation entre ce que j’imagine, ce dont j’ai besoin et ce qui existe réellement qui permet de passer progressivement d’une envie à un projet.
Et là encore, nous ne décidons pas à la place du bénéficiaire. Nous sommes le copilote, mais le client reste le pilote.
Le retour en France après plusieurs années à l’étranger peut lui aussi provoquer une remise en question professionnelle. Le bilan de compétences peut-il permettre de préparer ce retour et de repositionner sa carrière sur le marché français?
Oui, tout à fait. Le retour en France peut être l’occasion de retrouver son ancien métier, mais aussi de se demander si celui-ci correspond toujours à la personne que l’on est devenue.
Dans le bilan, nous prenons en compte l’ensemble des compétences acquises, y compris celles développées à l’étranger. L’objectif est notamment d'identifier ce qui peut être transféré et valorisé dans un nouveau contexte professionnel.
Nous adaptons également les recherches au lieu où la personne souhaite travailler. Si elle prépare son retour en France, les enquêtes métier et l’analyse des débouchés peuvent porter sur le marché français et la région dans laquelle elle envisage de s’installer.
Nous pouvons ensuite identifier les éventuelles compétences à acquérir, les formations nécessaires ou les étapes complémentaires à prévoir pour concrétiser le projet. La méthodologie prévoit notamment de comparer les compétences acquises avec celles demandées pour le poste visé et d'identifier les éventuels besoins de formation.
Le retour devient ainsi non pas simplement un retour géographique, mais une nouvelle étape dans la construction de la carrière.
Enfin, quel conseil donneriez-vous à un expatrié qui se dit aujourd’hui: « Je sais que je ne veux plus continuer mon métier actuel, mais je n’ai absolument aucune idée de ce que je veux faire ensuite »?
Je lui dirais d’abord que ce n’est pas un problème de ne pas savoir.
D’ailleurs, si une personne sait exactement ce qu’elle veut faire, elle n’a pas forcément besoin d’un bilan de compétences. Le bilan est justement intéressant lorsque l’on se pose des questions, que l’on ressent un décalage avec son activité actuelle ou que plusieurs possibilités existent sans savoir laquelle choisir.
Je lui conseillerais donc de ne pas chercher immédiatement « le métier idéal ».
Il faut commencer par se demander: qui suis-je aujourd’hui? Qu’est-ce qui compte pour moi? Qu’est-ce qui me motive? De quoi ai-je besoin pour me sentir bien dans mon travail? Quelles sont mes compétences et mes expériences? Puis seulement ensuite, regarder quelles possibilités pourraient correspondre à cette personne-là.
Et surtout, il faut accepter d’explorer. Une idée n’est pas forcément un projet. On peut avoir plusieurs pistes, les confronter à la réalité, rencontrer des professionnels, faire évoluer ses représentations et finalement faire un choix.
C’est exactement le rôle que nous voulons jouer chez Même Pas Cap!: nous ne sommes pas là pour choisir à la place de la personne. Nous sommes là pour l’aider à prendre du recul, ouvrir le champ des possibles, vérifier ses hypothèses et construire un projet qui lui ressemble.
Le client reste le pilote. Nous sommes simplement là pour l’aider à garder le cap.