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Paroles d’experts • Assurance santé • USA

Comprendre l’assurance santé américaine avant de choisir

Deductible, copay, coinsurance et réseaux de soins : les notions à connaître avant une installation aux États-Unis.

Jean-Paul, vous travaillez depuis de nombreuses années dans l’assurance et vous êtes vous-même installé en Floride depuis 2004. Pouvez-vous nous présenter votre parcours et nous expliquer pourquoi vous vous êtes spécialisé dans la protection sociale des Français aux États-Unis?

Je suis courtier d’assurance en France depuis le début des années 1990. Lorsque je suis arrivé en Floride en 2004, pour des raisons familiales, et que nous avons décidé de nous y installer, j’ai obtenu mes licences me permettant de poursuivre dans la protection sociale aux États-Unis.

Pour un Français qui arrive aux États-Unis, le système de santé américain peut paraître particulièrement complexe. Quelles sont les principales différences avec le système français qu’il faut absolument comprendre dès son arrivée?

La première chose à prendre en compte est qu’il n’existe pas de régime de base tel que la Sécurité sociale française. La prime d’assurance que vous payez chaque mois comprend la Sécurité sociale + la mutuelle afin de pouvoir comparer avec les coûts en France.

Les salariés français ne le voient pas, mais cette part de la Sécurité sociale représente environ 21 % de leur rémunération brute. De plus, dans un couple, quand les deux travaillent, les deux cotisent, alors qu’aux États-Unis, il n’y a qu’une seule prime pour toute la famille.

Deductible, copay, coinsurance, out-of-pocket maximum, réseau de soins… Pouvez-vous nous expliquer simplement les notions essentielles qu’un expatrié doit savoir décrypter avant de choisir son assurance santé américaine?

Il y a souvent un reste à charge aux États-Unis. Sauf pour les actes de prévention que vous pouvez faire tous les ans et qui sont couverts à 100 % depuis la mise en place de l’ACA (Affordable Care Act) communément appelé l’Obamacare. Heureusement, la majorité des actes médicaux chaque année relèvent de la prévention.

Le reste à charge, « out-of-pocket », est le montant maximum annuel qui peut être à la charge d’un assuré, ou d’une famille, chaque année pour les soins pris en charge par leur assurance. En 2026, il s’élève à 10 600 $ pour un assuré et à 21 200 $ pour une famille. Ces montants sont fixés tous les ans par l’administration américaine. La majorité des bons contrats propose des « out-of-pocket » plus faibles.

Dans le « out-of-pocket » il y a:

Le « Deductible ». C’est une franchise annuelle. Elle s’applique, dans la majorité des cas, aux actes effectués à l’hôpital.

La « Coinsurance ». Elle intervient après le « Deductible » pour les actes effectués à l’hôpital.

Le « Copay ». C’est un montant fixe, payé aux docteurs, aux « Urgent care », certains actes d’examen ainsi que pour la plupart des médicaments.

Je rappelle que ces différents restes à charge ne s’appliquent pas aux actes de prévention pour lesquels une liste de soins significative et officielle existe.

Concernant les réseaux de soins, il faut d’emblée comprendre qu’il n’existe pas de barème comparable à celui de la Sécurité sociale française. Ce sont les compagnies et les réseaux de soins qui négocient directement avec les médecins et les établissements. La taille et la qualité du réseau de soins joueront un rôle très important dans le montant de la prime que vous paierez.

CFE, assurance américaine, assurance internationale ou combinaison de plusieurs couvertures: comment déterminer la solution la mieux adaptée selon que l’on soit salarié expatrié, entrepreneur, retraité, étudiant ou famille installée durablement aux États-Unis?

Chaque cas est différent mais il existe des solutions pour toutes les situations.

Pour les personnes qui vont être, ou qui sont, résidentes fiscales aux États-Unis, je conseille:

Une bonne couverture (ACA) auprès d’une compagnie américaine, ne serait-ce que pour pouvoir déduire les primes fiscalement et bénéficier du tiers payant. Cela vous permet de ne payer que le reste à charge.

Pour les voyages en France, je conseille la CFE avec le produit FrancExpat, qui permet de conserver la couverture de la Sécurité sociale française et, lors d’un retour éventuel en France, de bénéficier de cette Sécurité sociale sans délai d’attente. Cette couverture CFE peut être souscrite avec une mutuelle complémentaire spécifique pour les expatriés.

Pour les personnes non résidantes, les assurances temporaires, comme l’assurance voyage, peuvent souvent suffire. Je conseille quand même de le faire avec une compagnie américaine pour que la prise en charge en cas d’hospitalisation soit gérée plus facilement et pour éviter le remboursement de celle-ci, souvent prévu par les assurances des cartes de crédit.

Des contrats spécifiques existent pour les étudiants en fonction de leur situation, de leur visa et de la durée de leurs études aux États-Unis.

Le coût des soins aux États-Unis peut atteindre des montants très importants. Quelles erreurs de couverture peuvent avoir les conséquences financières les plus lourdes pour une famille française expatriée?

Comme il n’y a pas de barème, les médecins ou les établissements médicaux facturent ce qu’ils veulent. Ces montants, souvent très importants, sont négociés automatiquement par les compagnies ou les réseaux de soins en fonction des accords conclus.

Encore une fois, plus les compagnies ou les réseaux sont importants, plus les frais négociés sont importants. Il n’est pas rare de voir des factures de 100 payées à 20 par les grandes compagnies d’assurance.

L’autre erreur, qui peut avoir des conséquences financières importantes, est de ne pas être assuré hors du réseau. Bien évidemment, ce sont les compagnies qui ont des réseaux importants qui couvrent hors du réseau, ce qui laisse peu de chances à l’assuré de se retrouver dans cette situation.

Une famille doit-elle choisir son assurance santé avant son départ de France ou peut-elle attendre son arrivée aux États-Unis? Quels éléments conseillez-vous d’anticiper plusieurs semaines avant l’expatriation?

Il est important de se renseigner auprès de professionnels qui connaissent le marché américain afin d’éviter les mauvaises surprises, dont les conséquences financières pourraient compromettre l’expatriation.

Pour pouvoir adhérer à un contrat d’assurance « Major medical (ACA) » avec une compagnie américaine, il faut être résident, avoir une « ID card US » et un numéro de sécurité sociale américain, y compris pour les enfants.

En attendant d’avoir des éléments, il est possible de souscrire temporairement auprès de compagnies proposant des contrats pouvant aller jusqu’à 3 ans, selon les États, et ce dès l’arrivée aux États-Unis ou juste avant de partir.

Les besoins évoluent au cours d’une expatriation: naissance d’un enfant, changement d’emploi, création d’entreprise, déménagement dans un autre État ou préparation du retour en France. Dans quelles situations faut-il impérativement réexaminer sa couverture santé?

Tous ces événements sont de bonnes occasions de revoir les conditions d’assurance, y compris pour les frais de santé. Souvent, en fonction de l’âge, de la situation familiale et des moyens financiers, nous conseillons des couvertures moins coûteuses, avec un réseau de soins plus limité ou des garanties moins étendues. En vieillissant et surtout avec une famille, les besoins sont différents et il faut les prendre en compte.

Enfin, quels seraient vos trois conseils à une famille française qui prépare aujourd’hui son installation aux États-Unis pour être correctement protégée sans nécessairement payer une couverture surdimensionnée?

Même si venir s’installer et travailler aux États-Unis est, je pense, une opportunité extraordinaire, il faut vraiment être conscient que cela comporte des risques, notamment financiers, et que ce n’est pas facile.

Il y a vraiment un seul conseil: respecter les règles en vigueur aux États-Unis. Certaines personnes ont l’habitude de naviguer ou de se déplacer dans le domaine du gris. Cela n’existe pas aux États-Unis et se faire prendre peut vraiment coûter très cher. Pour éviter cela, entourez-vous de conseils, de comptables, d’avocats, de conseillers juridiques et financiers, d’agents d’assurance, d’agents immobiliers… Toutes ces professions aux États-Unis sont réglementées par des règles qu’ils sont obligés de respecter. Certes, cela a un coût, mais cela vous évitera de perdre beaucoup de temps, d'éprouver des déboires financiers pouvant être très importants et de remettre en cause votre expatriation.