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Paroles d’experts • Retour en France • Carrière

Préparer son retour professionnel en France

Valoriser son expérience internationale, faire le point sur ses compétences et préparer sa prochaine étape professionnelle avant le retour.

Pourquoi le retour en France après plusieurs années d’expatriation est-il souvent un moment clé pour faire le point sur sa carrière professionnelle?

Le retour en France après plusieurs années d’expatriation constitue souvent une véritable étape de transition, à la fois personnelle et professionnelle. Pendant une expatriation, on évolue dans un environnement différent, on développe de nouvelles compétences, on gagne en autonomie et en capacité d’adaptation, et notre regard sur le travail peut également évoluer. Au moment du retour, il n’est donc pas toujours évident de reprendre simplement le cours de sa carrière là où on l’avait laissé. Les attentes ont pu changer, les priorités aussi, et les compétences acquises à l’étranger ne sont pas toujours faciles à identifier, à valoriser ou à transposer sur le marché du travail français. Le retour peut ainsi faire émerger de nombreuses questions: Ai-je envie de retrouver le même métier? Mes compétences sont-elles toujours adaptées au marché français? Comment valoriser mon expérience internationale? Est-ce le moment d’envisager une évolution ou une reconversion? C’est précisément dans ce contexte qu’un bilan de compétences prend tout son sens. Il permet de prendre du recul sur l’ensemble de son parcours, d’identifier les compétences développées en France comme à l’étranger, de clarifier ses motivations et ses nouvelles aspirations, puis d’explorer des pistes professionnelles réalistes. L’objectif n’est pas nécessairement de changer de métier. Il s’agit avant tout de transformer cette période de retour en une opportunité pour construire la prochaine étape de sa vie professionnelle, plutôt que de la subir.

Quelles sont les principales difficultés professionnelles que rencontrent les expatriés lorsqu’ils reviennent en France?

Les difficultés rencontrées sont très variables selon la durée de l’expatriation, le pays de résidence, le métier exercé et les conditions d u retour. Mais certaines problématiques reviennent régulièrement. La première est souvent de retrouver sa place sur le marché du travail français. Après plusieurs années à l’étranger, les codes professionnels ont pu évoluer, les réseaux se sont parfoi s distendus et le retour peut donner le sentiment de devoir reconstruire une partie de son parcours. Il existe également une difficulté à faire reconnaître et valoriser l’expérience acquise à l’international. L’expatriation permet pourtant de développ er de nombreuses compétences: autonomie, adaptabilité, ouverture interculturelle, pratique des langues, gestion de situations complexes, capacité à travailler dans des environnements différents… Mais encore faut-il savoir les identifier et les traduire en compétences compréhensibles et recherchées par les employeurs français. Pour certains expatriés, la difficulté est aussi plus profonde: leurs aspirations professionnelles ont changé. Après plusieurs années dans un autre environnement, ils ne souhaitent plus nécessairement reprendre le métier ou le mode de vie professionnel qu'ils avaient avant leur départ. Le retour devient alors une période de questionnement, voire de reconversion. Enfin, il ne faut pas sous-estimer la dimension personnelle du retour. Se réinstaller en France, retrouver de nouveaux repères et gérer simultanément les questions familiales, administratives et professionnelles peut rendre cette période particulièrement dense. Le bilan de compétences permet justement de structurer c ette réflexion: faire l'inventaire de ses acquis, valoriser son expérience internationale, identifier ses nouvelles priorités et déterminer les pistes professionnelles les plus cohérentes. L'enjeu est de faire de l'expatriation un véritable atout dans la construction de la suite de son parcours professionnel.

Une expatriation permet d’acquérir de nombreuses compétences. Comment identifier et surtout valoriser ces acquis auprès d’un employeur français?

Une expatriation est souvent extrêmement riche en apprentissages, mais une partie des compétences acquises est parfois dif ficile à identifier parce qu’elle a été développée progressivement, presque naturellement. Au-delà des compétences directement liées au métier exercé, vivre et travailler à l’étranger permet généralement de développer une forte capacité d’adaptation, davantage d’ autonomie, une ouverture interculturelle, des compétences linguistiques, mais aussi une aptitude à gérer l’imprévu, à communiquer avec des interlocuteurs différents ou à évoluer dans des environnements professionnels nouveaux. La première étape cons iste donc à prendre du recul sur son expérience et à analyser les situations vécues: quelles responsabilités ai-je exercées? Quelles difficultés ai-je surmontées? Qu’ai-je appris? Quelles compétences ai-je développées ou renforcées? Quels résultats ai-je obtenus? Il faut ensuite être capable de traduire cette expérience en compétences professionnelles concrètes. Dire que l’on a vécu cinq ans à l’étranger est intéressant, mais expliquer que cette expérience a permis de piloter des projets dans un environnement multiculturel, de travailler quotidiennement dans une autre langue ou de développer une forte capacité d’adaptation est beaucoup plus parlant pour un recruteur. C’est notamment l’un des intérêts du bilan de compétences: aider la personne à prendre conscience de la richesse de son parcours, à identifier ses compétences transférables et à les mettre en relation avec les attentes du marché du travail français. L’objectif est ensuite de construire un discours professionnel clair et convaincant, utilis able dans le CV, sur les réseaux professionnels et lors des entretiens de recrutement. L’expatriation ne doit pas apparaître comme une parenthèse dans un parcours, mais comme une expérience professionnelle et humaine susceptible d’apporter une véritable va leur ajoutée à un futur employeur

En quoi un bilan de compétences peut-il aider un expatrié à choisir entre retrouver son ancien métier, évoluer professionnellement ou envisager une reconversion?

Après plusieurs années d’expatriation, il est fréquent de n e plus avoir les mêmes attentes professionnelles qu’au moment du départ. Certaines personnes souhaitent retrouver leur métier, d’autres veulent capitaliser sur leur expérience internationale pour évoluer, tandis que certaines ressentent le besoin de change r complètement de voie. Le bilan de compétences permet précisément de ne pas prendre cette décision uniquement sur une impression ou une envie du moment. Il offre un cadre structuré pour prendre du recul et analyser son parcours, ses compétences, ses motivations, ses valeurs, ses centres d’intérêt et ses nouvelles priorités. Nous allons ainsi chercher à répondre à plusieurs questions: mon ancien métier correspond-il encore à mes attentes? Les compétences acquises pendant mon expatriation me permettent-elles d’accéder à de nouvelles fonctions? Existe-t-il d’autres métiers dans lesquels mes compétences seraient transférables? Une reconversion est-elle réellement nécessaire et, surtout, est-elle réalisable? Le bilan permet ensuite de confronter les différe ntes pistes envisagées à la réalité du marché du travail. Nous étudions les métiers, les compétences attendues, les opportunités d’emploi, les éventuels besoins de formation et, lorsque cela est pertinent, nous encourageons la réalisation d’enquêtes auprès de professionnels. Cette démarche permet progressivement de comparer les différentes possibilités et d’identifier celle qui présente le meilleur équilibre entre les aspirations de la personne, ses compétences, ses contraintes et la réalité professionnelle. Le bilan de compétences ne consiste donc pas à dire à l’expatrié ce qu’il doit faire. Notre rôle est de lui apporter une méthode, des outils et un regard extérieur pour qu’il puisse faire un choix éclairé et construire un projet professionnel réaliste, motivant et qui lui ressemble.

Est-il préférable de commencer son bilan de compétences avant le retour en France, alors que l'on vit encore à l'étranger?

Oui, lorsque cela est possible, commencer son bilan de compétences avant le retour en France peut être particulièrement intéressant. Cela permet d’anticiper la transition professionnelle plutôt que d’attendre d’être confronté, une fois rentré, à l’urgence de retrouver un emploi ou de définir un nouveau projet. Le bilan peut être réalisé à distance, ce qui permet d’engager la réflexion plusieurs semaines ou plusieurs mois avant le retour. L’expatrié dispose ainsi du temps nécessaire pour faire le point sur son parcours, identifier les compétences acquises à l’étranger, clarifier ses aspirations et commencer à explorer différentes pistes professionnelles. Cette anticipation permet également d’étudier le marché du travail français, de vérifier les compétences recherchées, d’identifier un éventuel besoin de formation et de commencer à réactiver ou développer son réseau professionnel en France. Certaines démarches peuvent donc être engagées avant même le retour. Il existe aussi un autre avantage: lorsque l’on est encore à l’étranger, on dispose souvent d’un regard différent sur son expérience. C’est un moment par ticulièrement intéressant pour analyser ce que l’expatriation a apporté, ce que l’on souhaite conserver dans sa future vie professionnelle et, au contraire, ce que l’on ne souhaite plus retrouver. Pour autant, il n’existe pas de moment idéal valable pour t out le monde. Un bilan peut également être entrepris après le retour. L’essentiel est de choisir le moment où l’on est suffisamment disponible pour réfléchir à son avenir et commencer à construire son projet. Chez AB Compétences, la possibilité de réaliser le bilan à distance permet justement d’accompagner cette réflexion depuis l’étranger et de préparer progressivement le retour professionnel en France

Vous accompagnez également les conjoints d’expatriés, dont la carrière a parfois été interrompue ou trans formée par la mobilité internationale. Quels sont leurs besoins spécifiques?

Les conjoints d’expatriés rencontrent effectivement des problématiques particulières. Dans de nombreux cas, la mobilité internationale a été organisée autour de l’opportunité professionnelle de l’un des membres du couple, tandis que l’autre a dû adapter, ralentir ou parfois interrompre sa propre carrière. Après plusieurs années, le retour en France peut donc susciter de nombreuses interrogations: comment reprendre une activité pr ofessionnelle après une interruption? Mes compétences sont-elles toujours adaptées au marché du travail? Comment expliquer cette période dans mon parcours? Ai-je réellement envie de reprendre mon ancien métier? Il est important de rappeler qu’une inter ruption de carrière ne signifie pas une absence d’acquisition de compétences. La vie à l’étranger peut avoir permis de développer des compétences linguistiques, interculturelles, relationnelles, organisationnelles ou associatives, de suivre des formations, de mener des projets personnels ou simplement de développer une grande capacité d’adaptation et d’autonomie. Toutes ces expériences méritent d’être analysées afin d’identifier celles qui peuvent être valorisées professionnellement. Le premier besoin est d onc souvent de se réapproprier son parcours et de reprendre confiance dans ses compétences. Il faut ensuite déterminer si la personne souhaite retrouver son ancien métier, actualiser certaines connaissances, évoluer vers une autre fonction ou profiter du r etour pour engager une véritable reconversion. Le bilan de compétences permet de mener cette réflexion de manière structurée, en prenant en compte non seulement les compétences et les expériences passées, mais également les nouvelles aspirations, les contraintes personnelles et familiales et la réalité du marché du travail français. Pour les conjoints d’expatriés, le retour peut ainsi devenir l’occasion de ne plus simplement adapter leur carrière à la mobilité du couple, mais de replacer leur propre projet professionnel au centre de la réflexion et de construire une nouvelle étape qui leur corresponde pleinement.

Mme Brouillard, Présidente d’AB Compétences, a elle-même vécu plusieurs années à l’étranger. En quoi cette expé rience de l’expatriation influence-t-elle votre manière d’accompagner vos clients?

Cette expérience permet de mieux comprendre que l’expatriation ne se résume pas à une expérience professionnelle à l’étranger. C’est également une expérience de vie qui transforme les repères, les priorités et parfois la manière d’envisager sa carrière. Après plusieurs années hors de France, on ne revient pas nécessairement avec les mêmes attentes ni avec la même vision du travail qu’au moment du départ. Cette connaissance du vécu de l’expatriation nous conduit à porter une attention particulière à l’ensemble du parcours de la personne, et pas uniquement aux fonctions qu’elle a exercées. Nous cherchons notamment à identifier les compétences développées dans un contexte international, les capacités d’adaptation, l’autonomie, l’ouverture interculturelle, mais également les éventuelles évo lutions dans les motivations et les aspirations professionnelles. Elle nous permet aussi de mieux appréhender la situation des conjoints d’expatriés, dont le parcours professionnel a parfois été mis entre parenthèses ou réorganisé autour de la mobilité familiale. Elle nous sensibilise également aux aspects très concrets du retour: retrouver ses repères dans le fonctionnement administratif français, savoir vers quels organismes se tourner et comment effectuer certaines démarches, notamment auprès d’acteurs comme France Travail. Après plusieurs années passées à l’étranger, ces démarches peuvent parfois paraître complexes ou avoir considérablement évolué. Chez AB Compétences, cette expérience personnelle vient ainsi compléter notre méthodologie du bilan de com pétences. Elle nous aide à proposer un accompagnement qui tient compte des réalités humaines, professionnelles et pratiques de l’expatriation, avec un objectif essentiel: permettre à chacun de transformer cette expérience internationale en un véritable at out pour construire la suite de son parcours en France..

Quel conseil donneriez-vous aujourd’hui à un Français expatrié qui sait qu’il rentrera en France dans six ou douze mois mais qui ne sait pas encore quelle orientation donner à sa carrière?

Le premier conseil serait de ne pas attendre le retour en France pour commencer à réfléchir à la suite de sa carrière. Six ou douze mois peuvent sembler longs, mais c’est justement un délai particulièrement intéressant pour préparer progressivement son projet profes sionnel, sans avoir la pression de devoir prendre une décision dans l’urgence. Il faut commencer par faire le point sur son parcours: qu’est-ce que cette expatriation m’a apporté? Quelles compétences ai-je développées? Qu’est- ce qui me motive encore dan s mon métier actuel et, au contraire, qu’est-ce que je ne souhaite plus retrouver? C’est aussi le moment de réfléchir à ses nouvelles priorités, car plusieurs années passées à l’étranger peuvent profondément modifier les attentes professionnelles et personnelles. Il est ensuite important de se reconnecter progressivement au marché du travail français: observer les métiers qui recrutent, actualiser son CV et son profil professionnel, reprendre contact avec son réseau, identifier les compétences recherchées et, si nécessaire, anticiper une formation. C’est également l’occasion de se renseigner sur les démarches qui accompagneront le retour et sur les interlocuteurs qui pourront être utiles, notamment France Travail. Lorsqu’on ne sait pas encore quelle orient ation donner à sa carrière, le bilan de compétences peut justement être engagé avant le retour et réalisé à distance depuis l’étranger. Il permet de structurer cette réflexion, d’explorer plusieurs pistes et d’en vérifier progressivement la pertinence et la faisabilité. Enfin, je conseillerais de ne pas considérer cette période d’incertitude comme un problème. Ne pas savoir exactement ce que l’on fera dans six ou douze mois est précisément une bonne raison pour commencer à y réfléchir aujourd’hui. L’objectif n’est pas de décider immédiatement, mais d’utiliser les mois qui précèdent le retour pour construire progressivement un projet professionnel réaliste et motivant.